Nous sommes un peu las de notre nomadisme et surtout de chercher tous les soirs un lieu pour dormir, ce qui devient plus difficile depuis que nous avons quitté la Turquie. Mais cette recherche quotidienne nous a réservé de belles surprises.

Nous avons dormi une nuit dans un presbytère de l’église réformée ; nous avons demandé à mettre la tente dans le jardin après qu’on nous ait déconseillé le parc municipal. Eva, la pasteur, nous a proposé le presbytère puis Lazlo nous a apporté plein de choses à manger ; cerise sur le gâteau, quelques morceaux d’orgue au petit matin dans une belle église lumineuse et dépouillée.

A Vac, nous avons été accueillis chez Ildiko, Philippe et leurs 5 enfants. Nous l’avons pris comme un cadeau du ciel : nous avions passé une journée pénible à cause du 2ème effet kiss-cool des crues, les moustiques. Globalement, ils nous emm… sérieusement depuis la Roumanie, mais là ce fut le pompon. Nous longions de Danube, observant le désastre causé par les inondations, lorsque nous nous sommes retrouvés dans 10 cm de bout, vélos bloqués, obligés de pousser et de « lutter » contre des milliers de moustiques. Zach avait perdu ses sandales dans la boue et hurlait, Manu était tombé avec le tandem, et avait des bras noirs : pas un cm de peau n’était épargné par ces horribles bestioles. Le temps de sortir de cet enfer, il ne s’était pas écoulé plus de 10 mn mais nous devions avoir l’air de piteuses créatures, plein de boue, tout rouge à cause d’une chaleur étouffante, plusieurs dizaines (voir une centine) de piqures sur les membres et le visage, et des kilos de boue sur les vélos. Les policiers que nous avons croisés juste après étaient désolés… Bref, ce jour-là, nous n’avions toujours pas trouvé où dormir à 20h, entre pensions beaucoup trop chères pour notre budget, zones infestées de moustiques rendant le camping sauvage délicat, et camping fermés, dévastés par la crue. Nous « tombons » alors sur Philippe dans la rue. « Do you speak english ? » la question désormais traditionnelle à laquelle la réponse est étonnamment souvent négative. « oui, je parle aussi français ». Et nous voici en train de monter la tente dans le jardin, puis de partager le repas, puis le petit déj, et quelques heures de discussion. Une famille vraiment très chouette qu’on espère vraiment pouvoir un jour accueillir à la maison.

Autre rencontre formidable chez Eniko et Attila en Slovaquie, juste après la frontière Hongroise. Après 50 km de vent (inutile de préciser en pleine face), nous venions de nous heurter à un accueil plutôt hostile dans un bar enfumé à la recherche d’un bout de terrain. Nous demandons dans une école, pour finir dans le jardin de Eniko et Attila. Eniko, inquiète de l’orage qui arrive, nous prépare une chambre. Il faut se remettre à l’allemand. Eniko nous explique les difficultés liées à la partition de toute cette région, de la chute de l’empire Austro-Hongrois à la création de la Slovaquie en 1995. On est en Slovaquie mais les gens ici sont Hongrois et ne se reconnaissent pas dans ce pays neuf qu’est la Slovaquie. Dans le village, tout le monde parle Hongrois, y compris à l’école ! Elle nous parle aussi des difficultés économiques, que l’on retrouve malheureusement dans tous les pays traversés. Ici, un salaire moyen est de 300 euros. Un F3 dans un immeuble de Bratislava se loue 650 euros… Eniko et Attila ont une exploitation agricole familiale où ils produisent patates et oignons. Les pommes de terre sont achetées par un grand groupe (dont on taira le nom) au-dessous du prix de revient ! Ils viennent de construire une magnifique pension pour essayer de diversifier leur activité ( le website www.dumet.sk sera actif d’ici quelques semaines). Ils étaient fiers de nous montrer la ferme et l’hôtel, que nous avons visité avec beaucoup de plaisir. Les garçons se sont éclatés dans les tracteurs (dérapages et rodéo !), fenwick, quad… Le pied ! Gisella, la maman d’Eniko, nous a chanté du Piaf en Hongrois. Elle fait partie d’un groupe folklorique et nous a montré les photos des costumes traditionnels.

Nous avons également passé 2 jours chez Ezther, Rolland et leurs 4 enfants à Baja, rencontrés dans le cadre des warmshower. Ils accueillent régulièrement du monde alors qu’ils n’ont que 3 chambres pour 6 et des journées bien chargées. Les enfants étaient ravis de pouvoir jouer avec d’autres, nous avons goutté un délicieux goulash et eu droit à un petit cours d’histoire politique par Rolland qui parle un anglais parfait. L’évolution politique actuelle semble un peu inquiétante, avec entre autre des réformes constitutionnelles et électorales qui concentrent le pouvoir. Nous avons également appris un peu plus sur l’histoire récente de la Hongrie à Budapest, du nazisme au ravage du communisme et de la police secrète.

Laurence et Vincent, des amis du village, nous ont rejoints à Budapest pour 5 jours. Nous sommes arrivés la veille après avoir été guidé par un prof de gym hongrois qui se baladait en vélo et qui nous a très gentiment proposé de nous emmener jusqu’au camping. Nous l’avons suivi pendant 20 km en priant pour que les feux passent au rouge, tellement le rythme était soutenu ! Nous avons passé une nuit dans ce tout petit camping super sympa sur les hauteurs de Budapest (camping AVE NATURA). La gérante est adorable et a besoin d’un coup de pouce

http://www.campingavenatura.hu/index.php?option=com_content&task=view&id=29&Itemid=68||camping Budapest

Laurence et Vincent avaient trouvé des chambres à louer dans Budapest à un prix défiant toute concurrence. Quel bonheur d’avoir de la place pour dormir ! Nous avons sillonné Budapest en vélo, et miracle, Manu a enfin ralenti le rythme, et respecté la signalisation… Merci les copains ! Comme quoi, il n’y a pas que Véro qui se noie derrière l’animal… Le temps était splendide, la ville très belle. Les enfants ont été (presque) adorables. Nous avons barboté un après-midi dans des piscines d’eau thermale, Ulysse a visité le zoo avec Laurence, nos papilles se sont faits plaisir, bref, une halte nécessaire et très agréable. Personne n’était franchement motivé pour repartir le lendemain .

Sinon, on ne s’éclate pas sur les routes. Paysages plutôt monotones, tout est plat (bon OK, on râlait aussi quand ça montait trop !). On ne croise guère de cyclistes, probablement à cause des crues et des chemins non praticables. Les enfants ont inventé une nouvelle expression : « la danse des moustiques », c’est-à-dire les repas que l’on prend en tournant en rond l’assiette dans la main quand les moustiques nous aiment trop ! Le temps est toujours aussi perturbé, on passe de 40° à 16° d’un jour à l’autre. Aujourd’hui, c’est glacial. Dans quelques jours l’Autriche, puis l’Allemagne et les retrouvailles avec Yasmine et Youssef.

Entre l’écriture du billet et sa publication, il y a eu Brastilava en Slovaquie et la rencontre avec Barbora et Alzbeta, puis Tomas, George, Melinda et toute l’association Cyklokuchyna. Nous sommes arrivés le jour de la manifestation mensuelle qui milite notamment pour des aménagements cyclables dans les villes. Le thème ce mois-ci : la France ! Et en soirée, projection du film « Les triplettes de Belleville » avec 6 cyclistes pour produire l’énergie nécessaire pour la projection. Le fût de bière était mis sous pression avec une pompe à vélo, la soupe à l’oignon préparée au feu de bois ! Trop bien, comme diraient les enfants…

et on le publie de Vienne (en Autriche)....